Beni : des journalistes du Nord-Kivu outillés sur la justice transitionnelle et l’éthique médiatique

À Beni, des journalistes et professionnels des médias du Nord-Kivu ont participé à un atelier de formation de trois jours axés sur la justice transitionnelle, organisé par Impunity Watch en collaboration avec Avocats Sans Frontières. Cette initiative visait à renforcer la synergie médiatique autour des principes d’éthique, de déontologie et de responsabilité sociale dans le traitement des questions sensibles liées aux conflits armés, aux violations des droits humains et à la lutte contre l’impunité.

Ce mercredi à Beni, l’organisation Impunity Watch, en partenariat avec Avocats Sans Frontières (ASF), a ouvert un atelier de formation de trois jours destinés aux journalistes et professionnels de la presse du Nord-Kivu. Cette session de recyclage s’inscrit dans le cadre du renforcement de la synergie médiatique autour de la justice transitionnelle, un pilier essentiel dans les contextes post-conflit comme celui de l’Est de la République démocratique du Congo.

La formation a porté sur plusieurs thématiques clés, notamment l’éthique, la déontologie journalistique et la responsabilité sociale des médias dans la couverture des crimes graves, des violations des droits humains et des mécanismes de justice transitionnelle tels que la vérité, la réparation, la mémoire et les garanties de non-répétition.

Lors de son intervention, le facilitateur a rappelé les principes fondamentaux du Code d’éthique du journaliste congolais, en insistant sur les droits et devoirs du journaliste lorsqu’il traite des sujets liés aux conflits armés, aux victimes et aux auteurs présumés de crimes.

« En matière de justice transitionnelle, le rôle du journaliste est crucial. Il doit informer sans nuire, donner la parole aux victimes tout en évitant la stigmatisation, et contribuer à la lutte contre l’impunité par un travail rigoureux et responsable », a expliqué le facilitateur, monsieur Justin-Marius.

Un accent particulier a été mis sur la gestion des sources, la vérification des faits et le traitement des informations sensibles, notamment celles provenant des zones de conflits. Les participants ont été formés aux bonnes pratiques pour éviter la propagation de rumeurs, de discours de haine ou d’informations susceptibles de compromettre les processus de justice et de réconciliation.

La formation a également intégré un atelier pratique d’analyse de contenu, basé sur la lecture critique d’articles de presse et l’écoute d’extraits de radios locales. Cet exercice a permis d’identifier les manquements éthiques liés à la couverture des violations des droits humains, tels que la banalisation des crimes, l’absence de contextualisation ou la confusion entre information et opinion.

« Cet atelier nous aide à mieux comprendre comment traiter les questions de justice transitionnelle sans mettre en danger les victimes ni alimenter les tensions communautaires », a témoigné un journaliste participant venu de la région de Lubero.

La journée s’est achevée par un module consacré à l’indépendance éditoriale et aux pressions politiques, militaires et économiques, une problématique centrale dans le traitement médiatique de la justice transitionnelle. Les échanges ont porté sur les stratégies permettant de préserver la neutralité journalistique face aux influences extérieures.

« Nous faisons souvent face à des pressions lorsque nous abordons les crimes ou les responsabilités. Cette formation nous donne des repères clairs pour rester professionnels et crédibles », a confié une participante de Beni.

Les participants se sont montrés particulièrement engagés et interactifs, enrichissant les discussions par des partages d’expériences issues de leur pratique quotidienne du journalisme en contexte de conflit. Pour beaucoup, cet atelier constitue une étape importante vers un journalisme responsable, sensible aux victimes et acteur de la justice transitionnelle au Nord-Kivu.

La rédaction